Par Ali, Section Économie
Le dernier rapport de l’Institut National de la Statistique, des Études Économiques et Démographiques (INSEED) révèle une évolution notable de la conjoncture économique au Tchad. En septembre 2025, l’indice général des prix à la consommation a enregistré une baisse de 0,2 %, marquant un ralentissement de l’inflation qui avait pesé lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages durant les mois précédents.
Si cette tendance peut être perçue comme une bouffée d’oxygène, elle ne reflète pas une amélioration uniforme de la situation économique. L’analyse des données met en lumière une baisse marquée des prix des produits céréaliers, contrastant avec une hausse persistante de certains produits essentiels, notamment la viande.
Une inflation en recul : chiffres clés
Le mois de septembre 2025 confirme une tendance amorcée en août : le ralentissement de la hausse des prix. Selon l’Indice National Harmonisé des Prix à la Consommation (INHPC), le taux d’inflation mensuel s’établit à -0,2 %, tandis que le taux annuel (comparé à septembre 2024) atteint -4,0 %.
Points saillants :
- Inflation mensuelle : -0,2 %
- Inflation annuelle : -4,0 %
- Secteurs en baisse : Céréales, transports
- Secteurs en hausse : Viande, logement, énergie
Cette évolution traduit une détente globale sur les marchés, mais elle est loin d’être homogène à travers les différentes catégories de produits et les régions du pays.
Alimentation : des céréales en chute libre, mais la viande s’envole
Le recul de l’inflation est en grande partie porté par la baisse des prix dans la catégorie « Produits alimentaires et boissons non alcoolisées », qui a diminué de 0,5 % en septembre.
Évolution des prix alimentaires :
- Pains et céréales : -3,1 % sur un mois, -21,2 % sur un an
- Produits vivriers du secteur primaire : -1,6 %
- Viande : +4,1 % sur un mois, +23,5 % sur un an
La forte baisse des prix des céréales s’explique par une meilleure disponibilité des produits agricoles locaux, conséquence d’une saison de récolte favorable. Cette tendance bénéficie directement aux ménages, notamment dans les zones rurales.
En revanche, le coût des protéines animales continue de grimper. Le prix de la viande a connu une envolée inquiétante, rendant cet aliment de plus en plus inaccessible pour une grande partie de la population.
Logement et énergie : la fin de la gratuité pèse lourd
Le secteur du logement, incluant l’eau, le gaz et l’électricité, présente une dynamique contrastée. En septembre, les prix ont baissé de 1,8 %, principalement en raison de la chute des prix des combustibles (-9,1 %).
Sur un an :
- Logement, eau, électricité : +15,4 %
- Cause principale : Fin de la gratuité instaurée en 2024
L’INSEED explique cette hausse par la suppression des subventions gouvernementales sur les services de base. Cette mesure, bien qu’économiquement justifiée, a un impact direct sur le budget des ménages, notamment dans les zones urbaines.
Des disparités régionales marquées
L’inflation ne touche pas toutes les régions de la même manière. Certaines villes enregistrent une baisse significative des prix, tandis que d’autres subissent une hausse.
Évolution régionale :
- Am-Timan : -3,0 %
- Mongo : -1,1 %
- N’Djamena : -0,1 % (quasi-stabilité)
- Abéché : +1,5 % en septembre, +4,8 % sur le trimestre
La situation à Abéché, capitale du Ouaddaï, illustre les défis logistiques et les problèmes d’approvisionnement qui persistent dans certaines régions. Ces disparités reflètent une fragmentation du marché intérieur et soulignent la nécessité d’investissements dans les infrastructures de transport et de distribution.
En résumé : les gagnants et les perdants
Produits en baisse :
- Céréales : -21,2 % sur un an
- Transports : -13,2 % sur un an
- Combustibles : -9,1 % sur un mois
Produits en hausse :
- Viande : +23,5 % sur un an
- Logement, eau, électricité : +15,4 % sur un an
Malgré des indicateurs macroéconomiques encourageants, la réalité quotidienne reste difficile pour de nombreux Tchadiens. Les baisses de prix ne compensent pas toujours les hausses dans d’autres secteurs essentiels.
Une embellie fragile
En effet, la baisse de l’inflation constitue une bonne nouvelle sur le plan économique, mais elle ne signifie pas une amélioration généralisée du pouvoir d’achat. Plusieurs facteurs structurels continuent de fragiliser les ménages :
- Hausse des prix de la viande, source essentielle de protéines
- Fin des subventions sur les services de base
- Disparités régionales marquées
- Dépendance aux importations pour certains produits
Pour que cette tendance se traduise par une amélioration durable des conditions de vie, des réformes structurelles et des politiques ciblées sont nécessaires.
