L’économie tchadienne confirme sa tendance déflationniste en cette fin d’année. Selon le dernier bulletin de l’INSEED publié ce mois-ci, l’inflation nationale poursuit sa baisse pour atteindre -1,8 % en novembre 2025. Une situation marquée par l’abondance des récoltes qui soulage le panier de la ménagère, mais qui cache des disparités persistantes, notamment sur les coûts de l’énergie.
Par Ali, Economie et Développement
C’est une nouvelle qui devrait rassurer les consommateurs à l’approche des fêtes de fin d’année. Le niveau général des prix à la consommation au Tchad a reculé de 0,2 % en novembre 2025. Plus significatif encore, sur un an (en glissement annuel), les prix ont chuté de 4,3 % comparé au novembre 2024. Ces chiffres, issus de l’Indice National Harmonisé des Prix à la Consommation (INHPC), dessinent une trajectoire économique claire : la pression inflationniste, qui pesait lourdement sur les ménages par le passé, s’est considérablement relâchée.
L’effet récoltes : céréales et huiles en chute libre
Le moteur principal de cette baisse des prix est sans conteste le secteur alimentaire. L’indice des « Produits alimentaires et boissons non alcoolisées » a reculé de 1,0 % en un mois et de 7,2 % sur un an.
Ce repli s’explique par une saison agricole favorable. Comme le note l’INSEED, « l’offre importante des céréales et oléagineux liée à la période de leur récolte » a inondé les marchés. Concrètement, cela se traduit par des baisses spectaculaires pour certains produits de base :
- Pains et céréales : -19,7 % sur un an.
- Huiles et graisses : -11,0 % sur les trois derniers mois.
- Fruits : -10,0 % sur le dernier trimestre.
À titre d’exemple, le prix du sac de maïs de 100 kg a chuté dans plusieurs villes. À Moundou, il est passé de 26 894 FCFA en novembre 2024 à 23 000 FCFA en novembre 2025. À N’Djamena, le petit mil (coro) est passé de 1 189 FCFA à 878 FCFA sur la même période.
Le paradoxe de l’énergie et de la viande
Si l’assiette coûte moins cher, se loger et se déplacer reste onéreux. Le poste « Logement, eau, gaz, électricité » affiche une hausse de 17,9 % sur un an. Cette inflation sectorielle est une conséquence directe de la fin de la politique de gratuité de l’eau et de l’électricité, une mesure gouvernementale qui avait temporairement gelé les prix en 2024.
De même, malgré la baisse générale de l’alimentaire, la viande fait de la résistance. Son prix a augmenté de 17,9 % par rapport à novembre 2024. À N’Djamena, le kilo de viande de bœuf sans os se négocie désormais autour de 2 187 FCFA, contre 1 957 FCFA l’an dernier. Ce contraste entre les produits végétaux (en baisse) et les protéines animales (en hausse) oblige les ménages à des arbitrages budgétaires constants.
Disparités régionales : Am-Timan respire, Moundou résiste
L’analyse territoriale révèle que la baisse des prix n’est pas uniforme sur l’ensemble du territoire national.
- Les villes où la vie est moins chère : Am-Timan enregistre la plus forte baisse mensuelle (-1,7 %), suivie d’Abéché (-1,3 %).
- Les villes où les prix montent : À contre-courant, Moundou voit son indice global augmenter de 1,2 % en novembre, tout comme Bol (+1,0 %).
Ces écarts soulignent les défis logistiques du Tchad. L’acheminement des produits frais et des denrées vers certaines zones reste tributaire des coûts de transport, qui ont d’ailleurs bondi de 3,1 % ce mois-ci, bien qu’ils soient en baisse sur l’année (-10,7 %).
Ce qu’il faut retenir pour votre budget
Pour le consommateur, la situation économique de novembre 2025 offre une opportunité : c’est le moment idéal pour constituer des stocks de céréales (mil, sorgho, maïs) dont les prix sont au plus bas. En revanche, la vigilance reste de mise sur les dépenses liées à l’énergie et aux transports, qui continuent de peser sur le pouvoir d’achat.
Avec un taux d’inflation de -1,8 %, le Tchad se distingue par une stabilité des prix rare dans la sous-région, portée par une production locale dynamique. Reste à voir si cette tendance se maintiendra au début de l’année 2026.
