Par Idriss, Section Provinces
La cérémonie de présentation des armes récupérées à Goz‑Beïda, chef‑lieu de la province de Sila, n’est pas un simple moment protocolaire ; elle dévoile une réalité sociale et sécuritaire profonde : la circulation des armes, toutes calibres confondues, irrigue les pratiques quotidiennes et transforme trop souvent la célébration en drame. Présidée par le Délégué général du gouvernement auprès de la province, le Général de Division Sadick Siboro Dinga, et coordonnée par le Commandant de la Zone de Défense n°11, le Général Egrey Angry, l’opération de désarmement a permis de retirer des mains de civils des armes légères et des munitions, illustrant la capacité des forces à agir mais aussi la fragilité d’un contrat social où l’arme reste un instrument normalisé. Au‑delà de la saisie, l’événement interroge la culture des armes dans les campagnes : usages festifs, héritages de conflits, circuits illicites et réactions d’auto‑défense se mêlent pour créer un environnement où la probabilité d’accident tragique augmente. Le rappel douloureux est récent : au village d’Amdirib, province du Batha, un jeune homme est mort le jour de son mariage, atteint d’une balle perdue tirée lors des célébrations. Cette juxtaposition, expositions d’armes et cérémonies funestes illustre l’urgence de repenser la place des armes dans la vie sociale.
Comprendre la problématique demande de dépasser les postures simplistes. Il ne s’agit pas seulement de confisquer des fusils ; il faut saisir pourquoi les individus détiennent des armes et comment des comportements collectifs comme les tirs de joie en sont venus à être perçus comme un rite. Dans de nombreuses communautés, l’arme est un marqueur de statut, de sécurité ou d’appartenance. Elle peut aussi être le reflet d’un déficit d’État : lorsque la protection institutionnelle semble insuffisante, la possession d’une arme devient un rempart individuel. Les opérations de récupération menées par la Zone de Défense n°11 sont donc nécessaires, mais elles doivent être complétées par une stratégie de prévention culturelle et sociale. Des campagnes continues d’éducation civique, menées en partenariat avec les chefs coutumiers et religieux, peuvent progressivement délégitimer les tirs festifs et expliquer les risques mortels des balles perdues. Les études internationales, dont celles du Small Arms Survey et des rapports de l’UNODC, montrent que les désarmements ponctuels donnent des résultats durables seulement lorsqu’ils s’accompagnent de mesures de sensibilisation, d’incitations à la remise volontaire et de programmes de réinsertion économique pour les détenteurs d’armes.
Il est essentiel de rappeler que la présentation publique des armes à Goz‑Beïda a une forte valeur symbolique ; elle montre que l’État exerce sa prérogative régalienne et se soucie de la sécurité collective. Néanmoins, si ces gestes restent isolés, l’effet sera limité. Il est impératif que les autorités locales transforment ces moments en processus structuré : mise en place d’un mécanisme local de remise volontaire avec garanties, formation d’unités de médiation communautaire, mise en place d’alternatives économiques pour les jeunes à risque et renforcement des capacités des services de police et de gendarmerie à travailler en liaison avec les leaders communautaires. Parallèlement, la responsabilisation des familles et la diffusion d’informations sur les conséquences des tirs de célébration participent à changer les mentalités.
Au‑delà des responsabilités étatiques, la société civile porte une part de la solution. En effet, la mémoire des drames, comme celui d’Amdirib, peut devenir un moteur de changement si elle alimente des récits collectifs de prévention plutôt que la fatalité. Les médias ont également de leur côté, le devoir d’informer de manière rigoureuse.
Cette présentation des armes est donc bien plus qu’un moment symbolique : c’est une alerte claire sur l’urgence d’une transition culturelle et opérationnelle vers une société moins armée et plus sûre gage pour le développement harmonieux de notre pays.

