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Le Tchad vient de décrocher un succès historique aux Emirats Arabes Unies. Reste maintenant à transformer l’argent en résultats concrets

Par Idriss,

Il était fatigué mais visiblement heureux. Le soir du 16 novembre 2025, le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno a posé le pied sur le tarmac de l’aéroport Hassan Djamous après quelques jours intenses à Abou Dhabi. Dans ses bagages ? Pas de simples souvenirs des Émirats. Mais quelque chose de bien plus lourd : 20,5 milliards de dollars d’engagements pour financer l’avenir du Tchad.

Oui, vous avez bien lu. 20,5 milliards. Sur un objectif de 30 milliards de dollars, la table ronde des investisseurs organisée du 13 au 15 novembre pour le Plan National de Développement Tchad Connexion 2030 a mobilisé plus des deux tiers des financements recherchés. Un résultat que le Ministre des Finances, du Budget, de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale, Tahir Hamid Nguilin, a vivement salué lors de la clôture des travaux le 15 novembre 2025. Avec 40 conventions et protocoles d’accords signés dans des domaines stratégiques, c’est un coup de maître diplomatique et économique sans précédent.

Un discours qui a fait mouche

Ce succès ne sort pas de nulle part. Pendant des mois, les équipes techniques du gouvernement ont bossé d’arrache-pied. Ils ont peaufiné le PND Tchad Connexion 2030, un document stratégique un document stratégique structuré autour de quatre domaines d’intervention stratégiques majeurs qui regroupent 13 programmes principaux :

1. Les infrastructures fondatrices : Ce premier pilier vise à combler le déficit en infrastructures et à mettre en place des institutions appropriées pour assurer la gestion et la pérennité des services. Il inclut des investissements massifs dans l’eau, l’énergie, le numérique et les transports pour dynamiser l’économie et renforcer les territoires;

2. Les besoins sociaux de base : Ce domaine met l’accent sur le développement du capital humain. Il vise à renforcer la santé, l’éducation et l’emploi, en assurant le développement du capital humain pour améliorer la vie, en adéquation avec les besoins économiques du pays;

3. Le développement économique et industriel : Ce troisième pilier ambitionne de diversifier l’économie afin de réduire la dépendance pétrolière du pays et de développer les chaînes de valeur. Il valorise notamment l’agriculture, l’élevage, l’industrie, le secteur minier et le tourisme ;

4. L’amélioration de l’environnement des affaires : Cette priorité vise à attirer les investissements privés et étrangers en s’appuyant sur des réformes pour sécuriser les investissements, moderniser la fiscalité, le droit du travail et améliorer l’efficacité de la justice.

Ces quatre domaines d’intervention structurants sont complétés par quatre programmes transversaux : Réformes et gouvernance de l’État, Inclusion des femmes, des populations vulnérables, des démobilisés et logement, Développement du secteur privé, ainsi que Résilience et adaptation au changement climatique. L’ensemble du plan est décliné en 17 programmes.

Mais ce qui a vraiment fait la différence, c’est l’approche. Le Maréchal n’est pas allé à Abou Dhabi en mendiant. Il s’est présenté en leader avec une vision claire et des résultats tangibles à montrer.

« Nous ne sommes pas ici pour vous vendre une promesse sur le Tchad. Nous sommes ici pour partager avec vous une forte conviction forgée par les réformes courageuses et portée par une vision claire pour faire du Tchad la nouvelle destination de l’opportunité », a-t-il déclaré lors de son discours d’ouverture.

Il a poursuivi en détaillant les transformations déjà engagées : « Ces réformes fiscales, douanières, réglementaires, administratives et judiciaires ont conduit à asseoir un cadre d’affaires assaini et inspiré de modèles plus attractifs et incitatifs en matière de commerce et d’investissement. »

Puis, il a conclu avec une phrase qui a marqué les esprits : « Le Tchad ne vous propose pas une aventure, mais un partenariat stratégique et mutuellement bénéfique. »

Le message est passé. Les grands fonds souverains du Golfe, la Banque Mondiale, la BAD, l’Union Européenne, des investisseurs privés… Tous ont répondu présent. Tous ont compris qu’il y avait là une opportunité réelle, pas juste un pays à secourir.

Des projets concrets qui vont changer le pays

Cette fois, on ne parle pas de promesses vagues. Les 40 conventions et protocoles signés concernent des projets précis, structurants, déjà identifiés. Et la liste donne le vertige.

  • 350 millions de dollars pour une centrale thermique de 180 MW à N’Djaména par GSU. De quoi commencer à mettre fin aux délestages qui paralysent la capitale et l’économie du pays.
  • 690 millions de dollars pour une seconde raffinerie à Ndjamena. Des investisseurs indiens mettent sur la table 395 millions de dollars pour la production de canne à sucre et 65 millions pour la production de riz à N’Djamena Fara sur 8 000 hectares. Le groupe Arise s’engage à hauteur de 450 millions d’euros pour une unité textile à N’Djaména. Des partenaires indiens injectent 28 millions de dollars pour la transformation d’arachides. Et les investisseurs marocains d’ATLAS apportent 150 millions de dollars pour une cimenterie.
  • 150 millions de dollars pour une université polytechnique à N’Djaména avec des partenaires indiens. Un investissement crucial dans le capital humain qui manque cruellement au pays.
  • La Banque mondiale s’engage à hauteur de 100 millions de dollars pour appuyer le secteur privé tchadien. Un signal fort que l’entrepreneuriat local sera soutenu.

Et ce n’est qu’un échantillon. Les 40 accords couvrent bien d’autres domaines stratégiques : infrastructures routières, numérique, agriculture, santé…

Une vision qui fédère

Pour Tahir Hamid Nguilin, président du Comité d’organisation du PND, la philosophie est claire : « Tchad Connexion 2030 est un plan ouvert et fédérateur, porté par des alliances solides et durables, au service d’un même objectif : bâtir ensemble le Tchad de demain et connecter les Tchadiens avec leur géographie, intérieure et extérieure, physique et numérique ; connecter les Tchadiens avec leur héritage de berceau de l’humanité et connecter le Tchad avec son potentiel pour bâtir une économie diversifiée et inclusive. »

De son côté, Guibolo Fanga Mathieu, Ministre du Commerce et de l’Industrie, insiste sur la transformation du climat des affaires : « L’un de nos objectifs est de permettre aux entrepreneurs de créer et d’implanter leurs entreprises plus rapidement, grâce à des démarches simplifiées et entièrement digitalisées. »

C’est tout un écosystème qui se met en place pour accompagner ces investissements massifs.

Le vrai défi commence maintenant

Bon, l’euphorie c’est bien. Mais soyons lucides : le plus dur reste à faire. Mobiliser 20,5 milliards sur un objectif de 30, c’est énorme. Mais les dépenser bien, les transformer en usines qui fonctionnent, en centrales qui produisent, en formations qui débouchent sur des emplois, c’est une autre histoire.

Le vrai défi pour le Tchad, c’est la gouvernance. La gestion transparente de ces fonds. L’attribution des marchés publics dans les règles. Un suivi rigoureux de chaque projet. Parce que si l’argent disparaît dans des poches privées ou si les projets s’enlisent, cette victoire d’Abou Dhabi deviendra un échec cuisant.

Les investisseurs ont mis leur confiance dans les réformes déjà engagées. Ils ont été convaincus par le discours du Maréchal. Maintenant, il faut honorer cette confiance. Faire en sorte que chaque dollar investi se traduise par du développement réel, des emplois créés, des vies améliorées.

La communauté internationale vient de faire un pari massif sur le Tchad de la transition. Le Maréchal et son gouvernement portent maintenant une responsabilité historique : transformer ces 20,5 milliards en développement tangible qui profite aux 18 millions de Tchadiens.

Le Tchad vient de recevoir une partie importante des clés de son destin. À nous maintenant d’ouvrir les portes de l’émergence. Et surtout, de les garder ouvertes. Les 10 milliards restants ? Ils viendront si on fait nos preuves avec ces premiers 20,5 milliards.

Le monde nous regarde. À nous de jouer.

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