Par Ali, Section Economie
La digitalisation des douanes tchadiennes n’est pas une simple mise à jour technique : elle constitue une refondation des mécanismes de régulation du commerce, de la sécurité des recettes publiques et de l’attractivité du pays pour les investisseurs. En liant explicitement la modernisation des procédures douanières au PND Tchad Connexion 2030, le gouvernement place la transformation numérique au cœur d’une stratégie nationale de développement qui vise à réduire les coûts de transaction, renforcer la gouvernance et stimuler l’investissement privé. Portée par la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects sous la direction du Général de Division Ousman Brahim Djouma, cette réforme s’inscrit dans les recommandations des institutions internationales telles que la CNUCED, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, qui font de la facilitation du commerce un levier clé de croissance en Afrique.
Sydonia World : le pivot technologique de la modernisation douanière
Dans la mesure où l’architecture de Sydonia World favorise l’interopérabilité administrative en connectant naturellement les douanes aux banques, aux administrations fiscales, aux opérateurs portuaires et aux systèmes d’immigration. Dans le cadre du PND Tchad Connexion 2030, cette interconnexion s’inscrit dans une logique de corridors régionaux intégrés et de guichets uniques pour les investisseurs. Les exemples africains récents montrent que l’intégration technique assortie d’une gouvernance claire permet une réduction durable des délais et des coûts, améliore la transparence et attire des investissements structurants. Pour le Tchad, l’ambition d’atteindre des échanges transfrontaliers dématérialisés à hauteur de 60 % traduira une montée en gamme de la compétitivité territoriale et un alignement avec les standards internationaux exigés par les investisseurs institutionnels.
Bancarisation obligatoire des recettes : transparence, traçabilité et confiance
La CIRCULAIRE N°007/MFBEPCI/CAB/2025 instaurant la bancarisation obligatoire des recettes douanières constitue une rupture positive dans la gestion financière publique. En supprimant les encaissements manuels et en exigeant le paiement électronique, l’État sécurise ses recettes, renforce les procédures d’audit et limite les opportunités de fraude. La centralisation des flux via des canaux bancaires et des plateformes électroniques permet également une réconciliation comptable plus rapide et une publication de statistiques budgétaires plus fiables, instruments indispensables pour rassurer les bailleurs et les investisseurs. Cette formalisation financière s’aligne directement avec les objectifs du PND, qui exige des mécanismes robustes de transparence pour soutenir l’entrée de capitaux privés et publics dans des projets d’infrastructures et de développement.
Au tant dire, la mise en œuvre pratique de la bancarisation exige cependant des infrastructures bancaires et une couverture réseau suffisantes sur l’ensemble du territoire. Là où la connectivité reste faible, des solutions hybrides et des relais locaux assurent la continuité des paiements sans rompre la chaîne de traçabilité. En associant ainsi Sydonia World à des interfaces de paiement sécurisées et à des tableaux de bord en temps réel, la DGDDI offre aux décideurs et aux investisseurs une visibilité inédite sur les recettes et les flux commerciaux, condition nécessaire pour construire des projections financières crédibles et attirer des financements à moindre coût.
Avancées, perspectives et retombées économiques pour les investisseurs
Les progrès enregistrés près de 80 % des régies financières digitalisées début 2025 selon les bilans ministériels reflètent un investissement soutenu en solutions numériques et en révision des procédures. Ces avancées se traduisent par une réduction des goulots d’étranglement aux postes frontières, une prévisibilité accrue des délais de dédouanement et une amélioration notable de la qualité des données publiques. Pour un investisseur, ces transformations modifient substantiellement l’équation risque/rendement : la baisse des coûts logistiques, la sécurisation des transactions et l’accès à des données consolidées facilitent l’entrée sur le marché tchadien et la planification opérationnelle des projets.
L’intégration régionale portée par le PND et soutenue par la digitalisation attire particulièrement les investisseurs qui misent sur des chaînes de valeur transfrontalières. La possibilité d’échanges administratifs dématérialisés, la synchronisation des procédures douanières avec les corridors logistiques et la disponibilité de statistiques fiables contribuent à faire du Tchad une plateforme plus attractive pour les entreprises manufacturières, les logisticiens et les opérateurs des secteurs extractifs. La transformation numérique des douanes constitue ainsi un vecteur direct de diversification économique et d’amélioration de la compétitivité nationale.
Défis critiques : formation, cybersécurité et transformation culturelle
La réussite de cette révolution numérique repose avant tout sur l’humain. La montée en compétences des agents douaniers, des personnels bancaires et des acteurs privés doit s’inscrire dans des programmes de formation continue, d’évaluation des acquis et d’accompagnement au changement. Sans cet investissement humain, les outils risquent de rester sous-employés ou d’être contournés par des pratiques informelles ancrées. Parallèlement, la cybersécurité constitue un impératif stratégique : l’ouverture et l’interconnexion des systèmes augmentent les vulnérabilités, rendant nécessaire la mise en place de centres opérationnels de sécurité, de tests réguliers et de procédures claires de gestion de crise. Le renforcement de la législation et la sensibilisation quotidienne aux bonnes pratiques complètent ce dispositif indispensable pour préserver l’intégrité des données fiscales et commerciales.
La transformation culturelle requiert des mesures incitatives et des dispositifs de gouvernance qui sanctionnent les pratiques déviantes tout en récompensant la conformité. Le leadership affiché par le Gal Ousman Brahim Djouma et la communication proactive autour des bénéfices concrets de la digitalisation participent à créer un récit national favorable au changement. Les succès opérationnels, mis en avant par des rapports de performance et des témoignages d’usagers, accélèrent l’adhésion collective et légitiment les réformes devant la communauté des investisseurs.
Ainsi la digitalisation des douanes transforme le paysage institutionnel et économique du Tchad en améliorant la transparence, la prévisibilité et la sécurité des opérations. Ces avancées réduisent les risques perçus par les investisseurs, facilitent l’accès au financement et ouvrent la voie à une diversification soutenue de l’économie. Le chemin exige des efforts soutenus en formation, en cybersécurité et en gouvernance, mais les gains attendus en termes de facilitation du commerce, d’optimisation des recettes publiques et d’attractivité pour les capitaux privés sont considérables.
