Par la Rédaction de Tchad Presse Infos

C’est un chantier titanesque, mais vital, auquel s’attaque le gouvernement tchadien. Longtemps marqué par l’instabilité et un déficit structurel, le secteur de l’enseignement supérieur amorce une mue stratégique. Entre réformes de gouvernance, investissements massifs et une mesure historique de gratuité pour les jeunes filles, l’État tente de refonder le pacte social avec sa jeunesse. Analyse d’une politique publique en pleine accélération.

Il ne faut pas se voiler la face : l’université tchadienne revient de loin. Durant des décennies, nos temples du savoir ont souffert des soubresauts politiques et économiques du pays. Grèves cycliques, infrastructures vieillissantes, fuite des cerveaux… le diagnostic est connu de tous. Pourtant, depuis quelques années, une volonté politique nouvelle semble se dessiner au Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de la Formation Professionnelle, dirigé par Dr Tom Erdimi. L’objectif ? Passer d’une gestion de crise à une véritable vision prospective.

L’audace de l’inclusion : la gratuité pour les étudiantes

C’est sans doute la mesure la plus emblématique de cette refonte, celle qui touche au cœur de notre société. Dès la rentrée académique 2024-2025, l’accès à l’enseignement supérieur public est devenu gratuit pour les filles (hors filières soumises à concours).

Cette décision, annoncée en juillet 2024, dépasse le simple cadre scolaire ; c’est un acte politique fort en faveur de l’égalité des genres. Dans un pays où les jeunes filles sont encore trop souvent sous-représentées dans les amphithéâtres, notamment dans les filières scientifiques, l’État lève ici la barrière financière, souvent le premier frein à l’émancipation. C’est un signal clair : le développement du Tchad ne se fera pas sans la moitié de sa population.

Assainir la gouvernance et structurer l’offre

Au-delà du symbole, la réforme se veut structurelle. Pour qu’une université fonctionne, elle doit être gouvernable. La normalisation de l’année académique, désormais fixée du 1er octobre au 30 juin, vise à mettre fin à l’anarchie des calendriers qui pénalisait tant nos étudiants à l’international.

Sur le plan administratif, la rigueur est de mise avec la bancarisation des recettes des institutions. Cette mesure de transparence est capitale pour redonner confiance aux partenaires et optimiser les ressources limitées de l’État. Parallèlement, la réforme des Écoles Normales Supérieures (ENS), qui ne recruteront désormais qu’au niveau Licence, marque une volonté de rehausser le niveau de ceux qui formeront les générations futures.

Le béton et la matière grise : le projet PRODEST

Une politique ambitieuse ne peut se faire sans moyens. Le projet PRODEST, soutenu par la Banque Islamique de Développement à hauteur de 64,3 millions d’euros, est le bras armé de cette transformation. Il ne s’agit pas seulement de construire des murs, même si les chantiers sont nombreux (Institut à Laï et Moussoro, extension à Sarh et N’Djamena).

Il s’agit surtout de construire des compétences. La formation en cours de plus de 600 enseignants au niveau doctorat et master, ainsi que plus de 100 techniciens de laboratoire, est une réponse directe à la pénurie d’encadrement qualifié. De plus, avec la création récente des universités de Bongor, Faya-Largeau et Bol, l’État poursuit sa politique de décentralisation, rapprochant le savoir des populations locales pour désengorger la capitale.

Le défi de l’emploi : l’urgence de l’adéquation

Si les réformes sont lancées, le chemin reste long. Le chiffre est alarmant : en 2023, près de 63 % des diplômés du supérieur étaient au chômage selon les sources officielles. C’est le nœud gordien de la politique gouvernementale actuelle. Former est une chose, insérer en est une autre.

Il va sans dire, la réunion du directoire de septembre 2025, placée sous le thème « Innover pour redynamiser », a mis l’accent sur cette urgence. Il est impératif d’améliorer la qualité de l’enseignement et de la recherche, de professionnaliser les filières et de connecter l’université aux réalités économiques du pays. Le diplôme ne doit plus être un simple parchemin, mais un passeport pour l’emploi et une opportunité pour le développement du pays.

Le Tchad fait le pari de l’intelligence. Reste désormais à transformer l’essai en assurant que cette jeunesse formée trouve sa place dans le tissu économique national.

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