Par Idriss, Section Politique et Gouvernance

L’annonce des 20,5 milliards de dollars d’engagements obtenus à Abou Dhabi en début novembre 2025 pour le Plan National de Développement Tchad Connexion 2030 n’est pas une simple victoire diplomatique : c’est l’amorce d’une transformation nationale dont l’efficacité dépendra d’un pilotage rigoureux et d’un suivi irréprochable. Par l’Arrêté N°10996/PR/PM/2025 du 26 novembre 2025, l’État a créé le Cadre de Coordination, de la mise en œuvre et du suivi du PND, dénommé le Cadre. Ce choix institutionnel traduit la volonté politique de faire de ces engagements financiers des projets palpables : centrales électriques, raffineries, infrastructures agricoles, université polytechnique et non des promesses qui s’évanouissent. Face aux constats du rapport pays 2025 de la Banque africaine de développement (BAD) croissance ralentie, fragilité du capital humain et vulnérabilité climatique le Cadre incarne la réponse administrative, technique et stratégique visant à convertir le diagnostic en feuille de route opérationnelle.

Cette architecture institutionnelle est conçue pour assurer un pilotage global de la mise en œuvre du PND : elle définit les priorités, arbitre les calendriers, et assure la coordination entre ministères, bailleurs et partenaires privés. Mais ce pilotage ne se limite pas à la gestion de projets ; elle identifie et traite les axes prioritaires d’intervention qui lèvent les contraintes administratives et les blocages institutionnels. Dans la pratique, cela signifie décloisonner la passation de marchés, accélérer les procédures de permis et garantir que les efforts de réforme ne restent pas des vœux pieux. L’exemple concret d’une centrale thermique de 180 MW à N’Djaména illustre ce principe : au-delà du financement, le succès dépendra d’un calendrier partagé, d’une maîtrise foncière clarifiée et d’une procédure d’appel d’offres transparente pilotée par le Cadre. Cette logique pragmatico-technique est en phase avec les recommandations de la BAD et avec les attentes des investisseurs internationaux qui exigent désormais une combinaison de financements et de garanties institutionnelles robustes.

Le Cadre fonde à cet égard, son action sur un système de suivi‑évaluation orienté résultats et sur la production d’informations fiables pour la décision. L’intégration d’un dispositif intégré de suivi‑évaluation, de tableaux de bord périodiques et d’une plateforme numérique dédiée permettra de fournir effectivement des rapports consolidés, actualisés et accessibles aux parties prenantes. Ces outils ne sont pas anodins : ils rendent possible la fixation d’indicateurs de performance (KPI) tels que le taux d’avancement des chantiers, la création nette d’emplois qualifiés, la part locale des marchés publics et la réduction des délestages. En reliant résultats et ressources budgétaires, le Cadre veille à l’intégration du suivi des résultats dans le processus budgétaire, garantissant ainsi que les allocations financières soient conditionnées à l’atteinte d’objectifs mesurables. Cette approche rapproche le Tchad des meilleures pratiques observées par la Banque mondiale et la BAD, où la reddition de comptes et la transparence sont des leviers de confiance pour lever des fonds supplémentaires.

L’alignement des politiques sectorielles sur la vision du PND est un autre rôle central du Cadre. Il n’est pas suffisant d’avoir des projets isolés : il faut une cohérence entre la politique énergétique, l’agriculture, la formation professionnelle et le développement industriel. Le Cadre oriente et accompagne les réformes structurelles nécessaires pour améliorer le climat des affaires et attirer des investisseurs industriels capables de transformer le potentiel agricole et minier en emplois et en valeur ajoutée. À titre d’exemple, la création d’une université polytechnique financée à hauteur de 150 millions de dollars doit être articulée avec des plans sectoriels de formation et des partenariats industriels locaux afin que les diplômés trouvent des débouchés concrets. De même, la production locale d’engrais et la modernisation des filières riz et canne doivent être intégrées dans des stratégies de chaîne de valeur pour éviter que les matières premières ne soient exportées sans transformation.

Parmi les missions opérationnelles du Cadre figure la surveillance rigoureuse de la mobilisation des financements et l’examen périodique de l’état d’avancement des accords d’investissement et des mémorandums d’entente (MoU). Cette revue régulière est essentielle pour transformer les lettres d’intention en contrats exécutoires et pour mesurer la conversion des promesses en projets mis en chantier. Le Cadre assurera également le suivi des études nécessaires à l’exécution des projets et à l’élaboration des plans stratégiques sectoriels, garantissant que chaque investissement s’appuie sur une assise technique et économique solide. En pratique, cela implique une programmation des études environnementales, sociales, économiques et leur financement, ainsi qu’un calendrier de publication des résultats qui alimente la décision publique et la négociation avec les partenaires.

Il faut noter que la transparence et la redevabilité sont au cœur de la mission du Cadre. L’architecture envisagée prévoit en effet, la responsabilisation des acteurs sectoriels et la diffusion régulière des rapports de suivi, renforçant ainsi la confiance des citoyens et des investisseurs. Une plateforme numérique dédiée permettra la publication des tableaux de bord et des rapports consolidés, tandis que des audits indépendants viendront vérifier la conformité des procédures et l’efficacité des dépenses. Cette exigence de transparence répond directement aux préoccupations soulevées par les indices de gouvernance, tels que le rapport Mo Ibrahim 2024 et les classements de Transparency International. En rendant publics les indicateurs, le Cadre crée un cercle vertueux : la visibilité des résultats attire de nouveaux financements, qui à leur tour permettent de livrer davantage de projets visibles.

Le Cadre prendra en compte les risques majeurs identifiés par la BAD, notamment : chocs climatiques, volatilité des prix du pétrole, instabilité régionale  en intégrant la résilience comme critère de conception pour chaque projet. Les normes de construction prévoiront des exigences anti-inondation, les projets agricoles intégreront des pratiques climato‑intelligentes, et des instruments financiers innovants tels que des fonds de garantie et des partenariats public‑privé encadrés seront mobilisés pour répartir les risques. La monétisation des crédits carbone, la titrisation de revenus futurs et la structuration de PPP serviront à diversifier les instruments financiers et à préserver la soutenabilité de la dette publique.

Pour que le Cadre tienne ses promesses, la communication publique et la participation de la société civile sont indispensables. La publication trimestrielle de rapports, la mise en place d’audits externes et l’ouverture d’espaces de dialogue permettront d’ancrer la crédibilité du processus. Le Tchad dispose désormais d’un plan ambitieux, d’engagements financiers solides et d’un dispositif institutionnel pour les exécuter. Le défi restant est d’aligner la discipline d’exécution avec l’ambition politique. À cet égard, des contenus éditoriaux de qualité, documentés et optimisés pour la visibilité numérique sont essentiels pour maintenir l’attention internationale et nationale sur la réalisation effective des projets. Le Cadre de Coordination, de la mise en œuvre et du suivi du PND est la nouvelle boussole du Tchad : si ses objectifs sont mis en œuvre avec rigueur, le pays peut transformer les 20,5 milliards d’engagements en progrès durable et visible pour ses citoyens.

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  1. Pingback: Tchad Connexion 2030 : Le Tchad affiche une stabilité macroéconomique soutenue par le FMI et un plan national ambitieux – TchadPresse

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