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Par la Rédaction de Tchad Presse Info

C’est une bataille annuelle, presque rituelle, que livre notre capitale contre les caprices du fleuve Chari et les pluies diluviennes. Mais cette année, la riposte s’organise avec une vigueur nouvelle. Au cœur de cette stratégie de défense urbaine : le Projet Intégré pour la Lutte contre les Inondations et la Résilience Urbaine (PILIER). Financé par la Banque mondiale et piloté par l’État, ce programme ambitieux tente de réconcilier N’Djamena avec son environnement, transformant la gestion de crise en une planification durable.

Il ne s’agit plus seulement de parer au plus pressé. Lancé en octobre 2023, le projet PILIER marque un changement de paradigme dans la gouvernance de notre capitale. Face à une urbanisation galopante et aux défis climatiques, les autorités, soutenues par un financement initial de 150 millions de dollars complété par une rallonge de 50 millions de dollars ont choisi l’approche structurelle. L’objectif est clair : faire de N’Djamena une ville plus sûre, où la saison des pluies ne rime plus systématiquement avec désolation.

En effet, sur le terrain, la politique du gouvernement se traduit par des actions concrètes que les N’Djamenois peuvent désormais observer. Le volet assainissement, fondamental pour éviter l’obstruction des voies d’eau, affiche des résultats probants : plus de 546 kilomètres de canaux de drainage ont été curés depuis son lancement. Une opération indispensable pour permettre aux eaux pluviales de s’évacuer vers les exutoires naturels plutôt que de stagner dans les quartiers.

Mais la résilience urbaine passe aussi par l’équipement des services municipaux. La mairie de N’Djamena a vu ses capacités logistiques considérablement renforcées avec l’acquisition de 12 camions et 20 caissons dédiés à la gestion des déchets solides, ainsi que d’engins lourds pour les travaux publics ainsi que des pompes mobiles, prêtes à intervenir pour assécher les zones critiques. Ces dotations matérialisent la volonté de l’État de redonner aux collectivités les moyens de leur autonomie technique.

Le projet PILIER est aussi un test grandeur nature pour la coordination inter-institutionnelle au Tchad. Il réunit autour de la table des acteurs aux profils variés : le Ministère de l’Aménagement du Territoire, de l’urbanisme et de l’Habitat (MATUH) qui assure la tutelle politique, la Banque mondiale comme bailleur stratégique, le PNUD en tant que partenaire de mise en œuvre, et bien sûr, les communautés locales.

Cette architecture sans doute complexe, est nécessaire pour couvrir les cinq composantes du projet, allant de la construction d’infrastructures lourdes à la planification urbaine, en passant par la préparation aux urgences. Cependant, comme dans tout projet d’une telle envergure, la fluidité de la communication entre la Cellule de Suivi et de coordination des Projets (CSCP) et les différentes parties prenantes reste un défi de gouvernance majeur. L’efficacité du PILIER dépendra de la capacité de ces acteurs à travailler en synergie, sans lourdeurs bureaucratiques.

Au demeurant, si les avancées sont indéniables, la route est encore longue. La gestion des déchets à N’Djamena demeure une équation difficile à résoudre, tant les volumes produits augmentent avec la démographie. De plus, la pérennité des infrastructures dépendra de l’appropriation du projet par les populations. Les comités locaux mis en place doivent ainsi jouer pleinement leur rôle pour que les canaux ne redeviennent pas des dépotoirs.

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